Le festival de Gibara : le Sundance cubain

C’est à Gibara, village de l'Oriente, que se tient tous les ans depuis 2003 l’un des festivals de cinéma les plus intéressants du monde. Jusqu'à présent appelé le Festival del Cine Pobre (le festival du cinéma pauvre), l'événement prend le nom de Festival international du film de Gibara pour son édition 2017. Le nom change, mais le principe reste le même : un village de quelques âmes se transforme pour quelques jours en Mecque du cinéma indépendant, où se pressent des réalisateurs venus des quatre coins du monde. Coup d'œil sur l'équivalent cubain du festival de Sundance.  

Petits budgets et sélection exigeante

En 1968, le grand réalisateur cubain Humberto Solás tourne l’un de ses chefs-d’œuvre, Lucia, à Gibara. La légende dit que c’est dans cette petite ville de bord de mer - dont la plage fut foulée par des éclaireurs de Christophe Colomb en 1492 - que Humberto Solás a l’idée de créer un festival pour les films à petits budgets.

Il faudra attendre 2003 pour qu’ait lieu la première édition du festival du Cine Pobre. Humberto Solás lui donne délibérement ce nom car il n’accepte dans sa sélection que des films à petits budgets. Mais le terme pauvre s’arrête à l’aspect financier – seuls les films d’un budget inférieur à 300 000 dollars sont acceptés – et ne définit en aucun cas la sélection. Au contraire, le festival acquiert vite une réputation de qualité. Des réalisateurs de pays de longue tradition cinématographique tels que les Etats-Unis, la France, l’Allemagne sont en compétition avec des pays où l’industrie du cinéma se développe à peine comme le Tchad, le Liban, l’Equateur, la Macédoine… Et il y a des prix à gagner par catégorie de films, le premier s’élevant à 15 000 €.

Retour sur l'édition 2017

Loin des paillettes et des paparazzi de Hollywood, du tapis rouge du festival de Cannes, dans une petite ville où il n’y a même pas un hôtel, la 15e edition du festival s'est tenue du 16 au 22 avril 2017, sous la présidence du réalisateur cubain Jorge Perugorría qui a succédé à son ami Humberto Solás suite à son décès en 2008.

Le festival affiche cette année une nouveauté : il a troqué son nom de festival du cinéma pauvre pour celui de Festival international du film de Gibara. En effet, ses organisateurs ne souhaitent plus imposer de limite maximale de budget pour pouvoir élargir leur sélection mais garantissent de faire perdurer le même esprit de donner leur chance aux films à petits budgets.

À l’honneur cette année, l’Espagne et la présence – à faire pâlir d’envie les organisateurs des autres festivals internationaux – de Benicio del Toro ! Quant au Grand Prix Humberto Solás, il a été attribué à un film colombien, La Torre.